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Origine : Revue Objectif Est / été 2003

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Producteurs agricoles et développements Russie

Dans le système russe non subventionné, le développement des petits producteurs est très lent et difficile. D’immenses domaines constitués par les grands groupes financiers, pétroliers, et gaziers du pays ont pris une place prépondérante dans le monde agricole russe. Ces structures nommées latifundiaires, rassemblent plusieurs centaines de milliers d’hectares, jusqu’au million d’hectare (record battu par Vladimir Potanine).

Un plan de désendettement généralisé a été élaboré par le gouvernement russe. Le système de prêts bonifiés de la Rosselkhozbank, permet l’accès toutefois limité à des prêts à des taux de 7 à 11%, le taux habituel étant de 30%. Les prêts bonifiés commencent tout juste à être attribués pour favoriser l’acquisition d’animaux ou de matériel… par les 63 agences régionales de la banque. Le plan de restructuration agricole se poursuit. Le budget agricole 2003 est de 31 milliards de roubles, dont 1,4 milliards pour le Programme Fédéral de Développement Rural et la capitalisation des banques agricoles, 1,8 milliards pour la réforme foncière et 16 milliards de roubles pour le soutien à la production.

Un partenariat de coopération à grande échelle initié par le Cercle Kondratieff et en relation avec les grandes Institutions internationales, se dessine actuellement pour soutenir le développement de petites structures agricoles privées, le développement de coopératives, d’associations de producteurs. Des entrepreneurs privés sélectionnés auront, en s’intégrant au projet, la possibilité de se connecter aux filières et aux réseaux de vente régionaux comme moscovites. La garantie de débouchés pour leurs productions entraînera alors leur égibilité à des financements à moyen terme pour l’achat de matériels, de bétail… Le projet prévoit l’ouverture d’une structure de financement adaptée, une coopérative de crédit.

Pour subvenir à ses besoins alimentaires, la Russie reste encore largement tributaire de ses importations. La Russie est un grand importateur de viandes, de sucre, de fruits frais, d’alcools, de tabacs et de toutes sortes de produits alimentaires. Le total de ses importations tourne autour de 10 milliards de dollars. Les importations de viandes représentent 20% de ce total (2 md USD en 2001).

La filière viande est l’une des plus complexes à reconstruire. Le secteur des élevages de bovins à viande a sans doute plus souffert de la décapitalisation durant ces 10 dernières années. La consommation annuelle par personne est tombée à 32 kg alors qu’elle était de 77 kg par personne sous l’ère soviétique. Le cheptel actuel compte 27 millions de vaches, il était de 57 millions en 1992. Les centres d’insémination, les élevages, les abattoirs, le cheptel, tout est à refaire. Les principes de traçabilité restent à inventer.

La décapitalisation trouve sa cause dans le passage brutal d’un système planifié et centralisé collectif, à un système capitaliste individuel et opportuniste auquel personne n’était préparé. L’endettement vertigineux des exploitations agricoles qui a suivit a conduit les banques à fermer leurs comptes. Les liquidités ont disparu, le bétail a servi de monnaie, s’est dispersé, à été abattu à des fins alimentaires… La décapitalisation a duré 10 ans, les fermes d’élevage à viande abandonnées sont aujourd’hui devenues une charge sociale.

La filière lait et le développement des élevages laitiers se fait de manière plus structurée et plus attractive et donc plus rapide, alors que les nouveaux élevages de bovins à viande sont très rares.

La pression monte avec la grande distribution

Auchan ouvre son quatrième magasin et les entreprises russes travaillent d’arrache pied pour suivre la concurrence occidentale. Pour autant, les grandes chaînes ne sont pas encore réellement structurées en région. L’expansion soudaine des vitrines et des surfaces de vente à Moscou et St Petersbourg met sous pression les filières de l’agroalimentaire, en les forçant à se restructurer. Cet élan est lié à l’augmentation de la demande pour les matières premières de base, et les produits élaborés fabriqués en Russie…céréales, produits laitiers,
boissons et jus de fruits, viandes et charcuteries, conserves, fruits et légumes.
Le développement fulgurant de la grande distribution et récemment de Auchan impose une stabilisation des marchés, une régularisation des commandes. Cette nouvelle situation entraîne une responsabilisation progressive des filières de production et pose la question de la traçabilité des produits.

Les vaches françaises en Russie

Les races françaises s’adaptent particulièrement bien au climat russe par rapport à celles de nos concurrents européens ou américains. Aubrac, Salers, Charolais et Limousine sont les vaches qui intéressent les Russes, demandeurs de races à viandes et laitière voire mixtes. 6 oblasts russes sont intéressés par l’acquisition de vaches françaises. La Russie a des atouts de taille, avec ses 80 millions d’ha de pâturage, 35 millions d’ha de terre en jachère, mais l’intérêt ne suffit pas en soi.

Un accord cadre franco-russe, signé en 2002 par le premier vice ministre de l’Agriculture côté russe, M. Dankvert, et par le directeur des politiques économiques et internationales du ministère de l’Agriculture français, prévoit l’exportation en Russie de 10 000 têtes de bétail par an sur une durée totale de dix ans.

Sur un contrat prévu pour 5000 têtes en 1998, la société française Eurafrique a expédié 1000 bestiaux à Belgorod. 500 autres envoyées par Massif Central Elevage sont arrivées récemment en Sibérie à Tioumen et en parfait état. Pour le moment, le nombre des éleveurs français intéressés par l’aventure reste réduit, car les opérations françaises réussies se comptent sur les doigts d’une main. La question du financement est la plus difficile, mais qui peut donc payer les vaches ?

Cette question comme beaucoup d’autres a certainement une réponse raisonnable. La banque russe NRB (National Reserve Bank) a déjà investi 5 millions de dollars dans l’achat de vaches françaises. Elle a promis de débloquer 20 millions de dollars ces trois prochaines années. Pour le moment, le contentieux qui lie la NRB au Crédit Agricole, point noir de la coopération franco-russe, ne laisse aucune perspective claire sur de nouveaux déblocages de crédits.

Au problème initial du financement des bestiaux est venu s’ajouter la suppression des restitutions européennes, qui apportaient aux exportateurs 240 Euros par tête de bovin. Aujourd’hui, seuls les taureaux reproducteurs peuvent encore bénéficier de cette subvention.

La reconstitution du cheptel passe par les quotas

La mise en place de mesures de protection du marché des viandes en Russie devrait mettre un terme aux importations massives. Ces mesures et quotas mis en place le 1er mai 2003 devraient favoriser le développement des élevages et l’acquisition de bovins sur pied, tout en protégeant les producteurs locaux. Ces derniers font face à des exportateurs agricoles étrangers subventionnés à l’export et soutenus par les prix bas des cours mondiaux.

Une nouvelle logique de production en Russie incluant des transferts importants de bovins vivants devrait logiquement se renforcer ces prochains mois conformément aux besoins de rapprochement entre nos deux pays et aux besoins russes de maintenir l’offre et de l’améliorer.

Article écrit par Thomas BEGUIN

Origine : Revue Objectif Est / été 2003

Written by admin on June 20th, 2006 with no comments.
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