Portrait : spécial guest - Valery Krutikov

Origine : Revue Objectif Est / 2005

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En rencontrant des hommes de terrain ayant une forte expérience marquée par une réussite dans leurs actions, « Objectif Est » poursuit sa réflexion sur le développement du courant d’affaires franco-russe.

Nous avons rencontré Valeri Konstantinovitch Krutikov, chef du district de Babynino depuis 1991.

Alors que de nombreux districts sont touchés par le chômage, l’exode et divers maux sociaux, tels que l’alcoolisme, affectant des régions sans perspective, la réussite du district de Babynino (région de Kaluga) nous montre à quel point les compétences et la motivation du chef de l’administration locale sont déterminantes pour la revitalisation des territoires ruraux en Russie.

Valeri Konstantinovitch est une personnalité politique et un économiste reconnu. Après une carrière remarquée dans les services de l’Instruction criminelle à Moscou et en Sibérie, il a dirigé la police de la région de Kaluga. Il est un membre actif de l’Union des journalistes de Russie et coopère avec de nombreux journaux. Enfin, il est docteur en sciences économiques et a consacré de nombreux ouvrages au développement des petits entrepreneurs en milieu rural et à la formation d’un système de crédit coopératif en Russie.


OE : Comment concevez-vous le rôle d’un chef d’une administration locale ?
Valeri K. KRUTIKOV :
La tâche de toute structure de pouvoir est de créer les conditions pour la réalisation personnelle du potentiel de chaque homme. Le chef de l’administration locale est l’homme de pouvoir le plus proche de la population. Il vit la vie des gens, il connaît tous leurs problèmes, les bons et les mauvais côtés. Et les habitants des villages, du district savent tout de lui. Le connaissant, ils lui font confiance comme à un leader informel, qui utilise ses pouvoirs pour la prospérité du territoire qu’il dirige et de ses habitants.

Personnellement, je ne me considère pas comme un fonctionnaire, mais je vis simplement cette vie, remplie d’obligations et de responsabilités envers les gens. Je trouve le repos et la distraction dans mes recherches et mon métier de professeur. Ces dernières années, on m’a fait la proposition flatteuse de direction universitaire. Mais j’ai des obligations envers les personnes qui me font confiance, une obligation morale si vous voulez, que je n’aie pas le droit d’abandonner. En revanche, fin 2004, j’ai pu organiser dans la municipalité le concours « Talent, création, Maison paternelle », afin de récompenser les meilleurs poètes, artistes et musiciens. J’ai notamment apporté mon soutien à l’édition d’un recueil de poésie de nos talentueux poètes de Babynino et du livre « Notre patrie – le district de Babynino », relatant la vie des personnes qui ont fait l’histoire de notre région.

OE : Votre carrière dans les services de l’Instruction criminelle vous a-t-elle aidé à comprendre les besoins des habitants de votre district ?
V.K.K :
En quinze ans de travail dans les services de la police, j’ai pu rencontrer l’élite politique, des hommes d’affaire, mais aussi des personnes se trouvant tout en bas de l’échelle sociale (des récidivistes, des criminels, des voleurs, etc.). De cette « chaudière » de passions humaines, d’horreurs et de misères, j’ai retiré une conviction : le plus important et le plus précieux dans la vie, c’est l’Homme. Il faut l’estimer, le respecter et savoir reconnaître en lui les bons côtés. Il devient alors possible de recevoir une réaction positive en retour.

Mais n’essayez pas de relier ma carrière à mon travail au sein de l’Instruction criminelle. Aujourd’hui, lorsque j’entends dire que les meilleurs managers sont les managers « à pattes d’épaule » (c’est-à-dire ayant reçu des décorations militaires), je ressens une certaine inquiétude.

Commander ne demande pas beaucoup d’esprit, alors qu’assurer la direction et la gestion quotidienne d’une tâche demande du talent, des connaissances et de l’expérience.

Seul un équilibre entre le monde des affaires, la politique et la société garantit un développement démocratique. La construction de la verticale du pouvoir doit être motivée par le droit et les principes de la démocratie. Tout déséquilibre entre les intérêts du pouvoir et le peuple est inadmissible.

OE : Quelles relations entretenez-vous avec les habitants et les entreprises du district ?
V.K.K:
Aujourd’hui, en tant que chef de l’administration locale, mes relations avec les habitants et les entrepreneurs du district sont construites sur une complète compréhension mutuelle. La méfiance et les divergences d’intérêts et d’objectifs sont à éviter car elles peuvent avoir des conséquences très négatives.

OE : Pourquoi avez-vous décidé de devenir chef du district de Babynino ? Quelle a été votre motivation ?
V.K.K:
Mon ambition première était de pouvoir résoudre les problèmes qui se sont accumulés dans le pays bien avant 1991 et qui l’ont mené dans l’impasse. La création, l’initiative et l’intellect de l’homme libre sont les forces motrices du développement. Je souhaitais alors aider l’homme à reconnaître son importance, à devenir le créateur de son propre bonheur matériel et spirituel. Ni les tsars, ni les secrétaires généraux, ni les présidents, ni les gouverneurs, ni les chefs d’administration (les bons comme les mauvais) ne peuvent donner à l’homme ce qu’il peut obtenir par lui-même.

Un rouble, gagné par son travail, vaut plus que des milliers d’euros « tombés du ciel ». Les objectifs atteints avec ses propres moyens sont incommensurablement plus importants que n’importe quel acte de générosité.

Sa volonté, son dynamisme et son dévouement en tant que chef d’une administration locale ont contribué à transformer le district de Babynino en un territoire attrayant pour de nombreux entrepreneurs, aussi bien russes qu’étrangers. Il est à l’origine de beaucoup de projets, qui ont fait de la région de Kaluga une région pionnière dans plusieurs domaines.

Ainsi, une loi régionale sur le développement des coopératives de crédit dans la région de Kaluga a été élaborée par ses soins et adoptée sous son impulsion en 2003. La région de Kaluga possède désormais l’un des systèmes de financement en milieu rural les plus développés de Russie, ce qui favorise et facilite l’implantation de petits entrepreneurs et l’essor des fermiers privés de la région.

Article écrit par Carole Pompon
Origine : Revue Objectif Est / 2005

Written by admin on June 23rd, 2006 with no comments.
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