Europe russophone, réalité ou fiction ?

Origine : Revue Objectif Est / 2005

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Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les pays de l’ancien bloc soviétique se sont ouverts à l’économie de marché et l’Europe a pu s’élargir à de nouveaux membres. La Russie ne fait pas partie pour l’instant de ce processus d’unification européenne. Pourtant, ce pays est malgré tout concerné par les changements affectant de nombreux pays d’Europe de l’Est. Beaucoup de pays accueille en effet une population russe importante.

Ces différentes populations russophones se retrouvent à l’étranger soit par le fait de l’évolution des frontières (population russe des pays baltes), soit par une démarche d’émigration (souvent pour des raisons économiques).

Du fait de l’élargissement de l’Union européenne, une population russophone très importante vit maintenant à l’intérieur des frontières de l’Union élargie. C’est notamment le cas des pays baltes où une très grande partie de la population russophone est constituée des anciens citoyens soviétiques. Ces populations ont connu de nombreuses difficultés d’intégration. La procédure de naturalisation a cependant été facilitée en Lituanie alors que la situation est beaucoup plus difficile en Lettonie et en Estonie. Cette situation s’explique par le fait que les trois pays baltes essayent de concilier leur volonté démocratique avec leur désir de rétablir l’équilibre démographique d’avant guerre. Au total, deux millions de ressortissants russes vivraient dans les trois pays baltes, ils représentent 35% de la population en Lettonie, 29% en Estonie et 7% en Lituanie.

Certaines régions des pays baltes sont peuplées majoritairement de russes. Mais la population russe en Europe ne se limite pas seulement aux pays baltes. L’Allemagne a notamment accueillie de nombreux russes depuis 1989. Il s’agit dans ce cas en grande partie des descendants des anciens colons invités en Russie à l’époque de Catherine II. Les russes pouvant prouver des origines allemandes bénéficient de nombreuses facilités pour acquérir la nationalité allemande. Aujourd’hui, 2,5 millions d’anciens ressortissants soviétiques ont quitté l’URSS pour s’installer en Allemagne.

Les nouveaux arrivants sont estimés à 100 000 par an. D’autres pays accueillent des minorités russes importantes comme Chypre et la Norvège. Malgré de nombreux efforts comme ceux accomplis par le gouvernement allemand (aide financière, construction de logement), ces minorités connaissent des difficultés importantes et parfois une certaine attitude de rejet. Récemment, les différentes communautés russes ont entrepris de nombreux efforts pour défendre leurs intérêts. Les délégués des communautés russes des pays baltes, de Chypre, de Norvège et de République Tchèque ont signé une déclaration commune pour la création d’un parti russe de l’Union Européenne. La déclaration permet d’avoir une idée de la quantité de russophones dans l’Union Européenne : ils sont évalués à 6 millions. Si l’avenir d’un tel parti semble loin d’être assuré cette tentative de regroupement de cette population marque une réelle inquiétude, surtout pour les questions concernant l’avenir de la langue russe dans les différents pays de l’Union.

L’évolution de la population russophone en Europe est très difficile à évaluer car beaucoup de russophones ne sont pas déclarés alors que d’autres ne vivent que quelques mois par an dans l’Union Européenne.

“Une population russophone très importante vit maintenant à l’intérieur de l’UE élargie”

“Certaines régions des pays baltes sont peuplées majoritairement de russes”

“Les différentes communautés russes ont signé une déclaration commune pour la création d’un parti russe de l’Union Européenne”

Cette difficulté est très bien illustrée par les statistiques italiennes concernant la communauté ukrainienne. Cette communauté a récemment été évaluée comme la quatrième du pays alors qu’elle était inexistante quelques années auparavant. Cela est principalement du au fait que de nombreux ressortissants ukrainiens en Italie ne vivent que quelques mois par an dans ce pays pour y travailler et rejoignent ensuite leur famille restée en Ukraine. Peut-on alors parler d’une véritable émigration ?

Ainsi, les chiffres de la population russophone sont à prendre avec précaution. Une chose semble cependant maintenant établie : la population russe au sein de l’Union européenne est maintenant importante et continuera à avancer certaines revendications comme le statut de deuxième langue officielle pour la langue russe dans les pays baltes.

La France a également accueilli de nombreux visiteurs des pays de l’est ces dernières années. La langue russe s’entend de plus en plus à Paris, la presse des pays d’Europe de l’est est disponible. Ainsi, loin de perdre son importance, la langue russe est maintenant de plus en plus pratiquée en Europe. L’enseignement de la langue russe et les moyens qui lui sont actuellement donnés correspondent-ils à l’enjeu de ce nouveau défi ?

Article écrit par Hiyes

Origine : Revue Objectif Est / 2005

Written by admin on June 23rd, 2006 with no comments.
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