Voyage : Altaï - deuxième volet
Origine : Revue Objectif Est / été 2003
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VOYAGE VERS LES MONTAGNES DE L’ALTAÏ
Gorno Altaïsk est située à plus de 300 kilomètres au sud de Barnaul, à 3650 kilomètres de Moscou. C’est une ville de plus de 50 000 habitants. Les maisons sont principalement en bois, comme dans les tout petits villages, c’est la première ville des montagnes, c’est aussi la dernière…
Très bien accueilli à Katoun, ma réservation faite à l’avance depuis une agence touristique de Barnaul ne pose aucun problème. Une première promenade jusqu’au pont en bois m’ouvre enfin le grand air, l’odeur de résine, le torrent de la rivière puissante, le repos. De nombreuses petites maisons de bois sont en construction ça et là. Non comme les isbas ou les datchas, elles ont deux ou quatre places et sont faites spécialement pour le tourisme. On sent qu’en cette époque de l’année l’activité touristique occupe une place importante au village.
Un pont de bois suspendu par des câbles relie les deux berges de la rivière. D’un côté la région Altaï, de l’autre, la République Altaï. Elles sont séparées depuis 9 ans administrativement, l’une avec son Gouverneur, l’autre son Président. Le pont a été construit sur les fonds de l’ancien kolkhoze, lorsqu’il était encore riche et prospère dans la région. On sent le pont bouger à chaque passage de véhicule et quelques roubles sont alors demandés aux véhicules pour sa réparation. C’est vrai en effet, quelques roubles seront bien utiles…
LE LAC TELETSKOE
De Katoun, c’est le départ pour Gorno Altaïsk, direction le lac Teletskoe. Je suis contraint de faire du stop, pour me rendre au lac. Il reste 120 kilomètres à parcourir.
La voiture de Rouslan s’arrête, départ ! Le voyage se passe bien. Le jour tombe au fur et à mesure et la lumière révèle les contrastes étonnants d’un paysage magnifique, de plus en plus montagneux. La route est défoncée par endroits, la forêt est grande et épaisse. Petit à petit, nous pénétrons dans le début de la vallée, là où le lac se transforme en la rivière Bia, autre affluent de l’Ob. Il est 21h, l’heure où une petite brume épaisse s’est formée au raz de l’eau du lac et s’écoule par la rivière qui s’en échappe. Le pied des datchas travaillées par le temps y trempe. Les animaux s’y promènent librement, vaches, oies, poules, et chevaux parfois…
En route, Rouslan raconte qu’il s’est un jour pris une vache sur son capot, alors qu’il conduisait trop vite. Il faut dire que les vaches ici se trimbalent en liberté sur les routes et les chemins, sans personne apparemment pour les mener, sans clôture. Elles ont une fâcheuse tendance à se mettre au milieu des routes quand on s’approche. Certains racontent qu’elles recherchent l’air plus frais déplacé par les voitures. On croise des side-cars, et des motocyclettes toujours nombreuses l’été dans les campagnes. Ces véhicules ont souvent plus de vingt ans, les petits bateaux du lac sont comme sortis des films des années 70 de Louis de Funès. La rouille, la peinture écaillée, et le décor fantastique, donnent l’impression d’un paysage d’après guerre, tout est bousillé, des épaves ou des débris traînent, parfois les gens sont les épaves, de bien braves gens… le tout est plutôt…impressionnant.
Le pont a été construit sur les fonds de l’ancien kolkhoze, lorsqu’il était encore riche et prospère dans la région.
La tour baza, « Zolotoe Ozero » (le Lac d’Or) se présente sous la brume, le brouillard puis la pluie. La basa s’est construite pendant les années 30. C’est un ancien camp de pionniers, qui a servi au repos et à l’entraînement des jeunesses communistes, jusqu’à la chute de l’Union Soviétique. Elle a été rachetée il y a deux ans pour servir de camping. Aujourd’hui, le côté endoctrinement politique est révolu. Seuls restent les bâtiments un peu délavés, quelques ruines et certaines habitudes…
VACANCES COLLECTIVES DES JEUNESSES COMMUNISTES
On voit bien que tout ici était prévu pour la vie en communauté. Les toilettes ne ferment même pas, pas de porte. Des banias d’été remplacent les douches. Elles sont constituées de grandes pièces (les hommes d’un côté, les femmes de l’autre) dans une maison en bois avec une conduite d’eau froide et d’eau chaude, quelques robinets, des bancs et des bassines pour se laver. L’eau s’écoule entre les planches du sol. On s’y lave nu devant les autres, pas de douches individuelles évidemment. La « stolovaya » ou cantine, est elle aussi un bâtiment collectif, comme les grandes salles de restauration que l’on trouve dans les sanatoriums et maisons de repos soviétiques.
Sur le site, on trouve encore des petites cabanes rondes en bois en forme de kiosque sans murs avec un toit. Ce sont les besiedkas où l’on se réunit pour papoter en cercle et décider des excursions tout en profitant de la vue. Les bâtiments sont espacés, les bengalows nombreux, le lac est à deux pas en contre-bas.
Un système de hauts parleurs, qui devait servir à réveiller tous les petits pionniers aux aurores avant qu’ils se mettent au garde-àvous, sert toujours pour prévenir les vacanciers des différentes excursions du jour. L’écho qu’il produit emplit de temps à autre le camp d’une ambiance de hall de gare, ou d’aéroport à l’heure des grands départs, plutôt irréel et fantastique à la fois, en cet endroit où la puissante nature et la forêt remplacent les plate-formes d’embarquement.
L’ancien camp de pionniers dispose de son propre petit port avec son café, ses pédalos, ses barques et un accostage pour des bateaux plus importants transportant des passagers sur les différents sites du lac, (jusqu’à l’autre bout à 80 kilomètres de là).
Non loin de là, en bordure du lac, deux grands bateaux de croisière sont échoués. Ils ne fonctionnent plus depuis presque dix ans.
L’un des deux se nomme « Pionnier Altaya », « le pionnier de l’Altaï ». Vidés de tous les matériaux qui ont pu être récupérés, les parties mécaniques, les fils, les rouages, les moteurs et les tuyauteries, seules leurs épaves rouillées restent incrustées à l’image. Ces bateaux bien plus grands et plus beaux que ceux qui voguent aujourd’hui à travers le lac, sont les témoins d’une grande époque soviétique passée, et révolue. Pourtant cette grande époque ne semble avoir été égalée depuis. Ces carcasses font partie du décor, de façon immuable, comme si elles étaient devenues indélébiles, inséparables du paysage, comme si, après tout, l’époque qu’elles incarnent ne pouvait réellement disparaître…
L’ancien camp de pionniers dispose de son propre petit port avec son café, ses pédalos, ses barques et un accostage pour des bateaux plus importants.
Article écrit par Thomas BEGUIN extrait de « Vacances en Altaï » juin 2002
Origine : Revue Objectif Est /été 2004
Written by admin on July 3rd, 2006 with
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