Crimée : Une presqu’île presque tranquille
Les crises politiques et l’instabilité qui attirent les regards internationaux vers Kiev dépassent la dimension de règlements de comptes inter oligarchiques en raison des prolongements qu’ils ont dans le pays, où se sont accumulées des frustrations et mécontentements profonds en raison de la pauvreté, du désordre et des contraintes linguistiques et culturelles. Tous ces facteurs ont contribué à élargir le fossé des différences façonnées par l’Histoire entre l’Ouest et l’Est du pays.
Des provinces orientales intégrées à la Russie méridionale, massivement orthodoxes et russophones et une partie occidentale, ballottée au cours des siècles entre la Pologne, l’Autriche et la Russie, partiellement catholique uniates et parlant une langue slave, essentiellement issue du galicien avec des emprunts aux parlers locaux, au russe, au polonais, au slovaque et devenue l’ukrainien avec la montée des nationalismes.
La Crimée, rattachée tardivement et assez artificiellement à l’Ukraine par Khrouchtchev en 1954, a une place à part dans cet ensemble. Elle a du reste un statut de République autonome, la seule en Ukraine. Bien que naturellement plus proche des « oblast » orientales, la presqu’île de la Mer Noire concentre à elle seule tous les foyers de tension de l’Ukraine … en plus de quelques autres.
La Crimée, ses plages, ses vins, ses parfums…
Elle devrait être dans le « top ten » des destinations touristiques prestigieuses du monde : La Crimée, ses plages, ses ports, ses vins, ses parfums, ses paysages, ses manoirs… Il n’en est rien !
Sur place, malgré le soleil, la mer et les vignes, plusieurs points chauds sont perceptibles que l’on peut attiser au besoin car en plus des problèmes intérieurs, des convoitises externes sont perceptibles. Le tout aggravé par une stagnation de l’économie réelle de la région ou seule la spéculation foncière s’accélère.
On peut énumérer les points de frictions :
- La question Tatare, avec des « saisies » de terres et des « retours » de populations pas toujours bien identifiées qui donnent lieu à des abus encouragés par les prix des terrains et des confrontations politiques et sociales avec une implication souvent biaisée ou ressentie comme telle des autorités. En arrière-fond, le sentiment d’une présence islamique soutenue par l’étranger.
- L’usage de la langue russe, parlée par 99% de la population, libre dans la vie courante mais tabou dans le domaine administratif et plus grave dans les notices pharmaceutiques où seul l’ukrainien de l’ouest du pays a droit de cité.
- La présence de la flotte russe de la Mer Noire à Sébastopol, contestée par les tendances nationalistes et pro-OTAN à Kiev mais massivement soutenue en Crimée, où elle est créatrice d’emplois et ressentie comme gage de sécurité.
- La spéculation immobilière et les investissements essentiellement russes dans le secteur du tourisme
- Le laisser-aller en matière agricole, l’absence d’investissements, le retard des équipements, des transports et des télécommunications, l’endettement des entreprises.
- L’instabilité politique du pouvoir central et les liens obscurs entre monde des affaires et de la politique qui caractérisent l’Ukraine post-soviétique.
Les « autosaisies » de terres par les Tatares
Les occupations organisées de terres par les Tatares sont visibles partout à Simféropol (la capitale) et dans sa région ainsi que dans les villes du bord de mer comme Alouchta ou Yalta. Elles sont au centre de toutes les conversations et la presse leur accorde une place de choix. De très nombreux incidents opposent Tatares squatters et habitants des lieux, notamment des paysans qui ont reçu ces terres après la décollectivisation des kolkhozes mais n’ont pas eu les moyens de les travailler, ou des entreprises prétendant à la propriété de la terre. Ce fut encore le cas à Simferopol même, en janvier dernier, où une entreprise de construction, Olvi-Crimée, n’a pas pu récupérer des terrains occupés par des Tatares, malgré une présence policière visant surtout à éviter une effusion de sang.
Les champs ou terrains sont occupés par des groupes organisés qui installent d’abord des tentes puis bâtissent à la hâte des petits baraquements en dur. Ces « squats » sont baptisés « prairies de protestation » par les organisations Tatares.
Selon les autorités locales, près de 1.700 hectares sont ainsi occupés dans le district de Simferopol. A la fin janvier 2007, les autorités municipales ont attribué 900 hectares, pris à une académie agricole, pour y installer des Tatares, actuellement squatters.
Du 18 au 20 mai 1944, sur ordre de Beria et Staline, 187.859 Tatares de Crimée ont été déportés en 60 heures vers l’Ouzbekistan sous l’accusation de collaboration avec les nazis.Une seconde vague de déportation a eu lieu en 1965, deux ans avant l’annulation de l’ordre de déportation.
Ils ont commencé à revenir dès 1967, selon les témoignages sur place, mais le mouvement a été légalisé en 1987 et en 1991, à la fin de l’URSS, le mouvement a été massif. En 2001, un recensement officiel en dénombrait 245.000 en Crimée. Les porte-parole Tatares affirment qu’il y en a 300.000 aujourd’hui et quelque 500.000 dans toute la CEI. 2.000 à 5.000 Tatares « rapatriés » arrivent chaque année. Un programme d’aide de 650 millions de grivnas (environ 100 M Euros) aux « déportés rapatriés » a été lancé en 1994 et doit se prolonger jusqu’en 2012.
Tout un jeu politique et sans doute géostratégique s’agglomère autour de la « renaissance » nationaliste des Tatares et leur aspiration légitime à retrouver une place sur la terre de leurs ancêtres. C’est le facteur de tension le plus violent et le plus susceptible de dégénérer en incidents interethniques graves.
L’affrontement du marché Aziz Ler à Bakhchisaray
On a évité de peu que de tels incidents tournent à la bataille rangée l’été dernier à Bakhchisaray, ancienne capitale des Khans Tatares de Crimée. Les Tatares ont exigé le démantèlement d’un marché installé près d’un monument historique tatar dit de Aziz Ler, délaissé depuis des décennies, et l’emplacement d’un ancien cimetière qu’ils ont présenté comme sacré. Les affrontements ont duré plusieurs mois jusqu’à ce qu’une opération commando des Tatares n’empêche les marchands ou plutôt les marchandes, slaves pour la plupart, de commercer. Une décision de justice locale a donné raison aux Tatares. Le marché a été déménagé plus loin, dans un endroit désert et exposé aux vents. Mais, font remarquer les marchandes locales délogées, loin d’un nouveau centre commercial, nommé « Nouveau Style » et appartenant notamment à des businessmen tatares et auquel l’ancien marché faisait concurrence. Ces mêmes marchandes pleines de rancœur en raison de leurs revenus devenus aléatoires, soulignent que le « Nouveau style » est lui aussi construit sur un cimetière mais grec celui-là. Cette affaire du marché de Bakhchisaray est présentée comme un fait d’armes symbolique par les organisations tatares.
En règle générale, le sentiment que les Tatares jouissent d’une totale impunité pour leurs saisies de terres, leurs constructions sauvages, notamment de mosquées, leurs affaires et spéculations foncières est largement répandu parmi les autres nationalités présentes en Crimée et touche même l’intelligentsia locale qui compte pourtant traditionnellement dans ses rangs des Tatares de très haut niveau.
Plutôt la plage que la steppe…
Pour les autorités locales, la difficulté vient de ce que les accords passés avec les Tatares au moment de leur retour massif prévoyaient que des terres leur seraient attribuées dans les zones rurales, d’où une bonne partie d’entre eux était originaire. Il y a des Tatares des steppes du nord de la presqu’île et des Tatares du littoral. Les descendants des déportés qui ont bien voulu jouer le jeu des zones rurales, n’ont pas pu y trouver des moyens de survivre et se sont donc approchés des villes et de la mer, où on ne les attendait pas.
Ils y ont été rejoints par ceux qui n’avaient aucune intention d’aller dans des zones rurales et qui voulaient s’installer près de la mer, où la spéculation foncière fait grimper le prix des terrains. A leur retour en Crimée, les « déportés » peuvent demander l’attribution de logements ou de terres. Mais les autorités locales se plaignent que certains clans déposent plusieurs demandes et revendent des terres reçues. Il en est de même aujourd’hui avec des terres « squattées ». Ce qui fait que d’autres nationalités et des structures criminelles se mettent à imiter les Tatares et pratiquent les « autosaisies » et les reventes spéculatives, rendues possibles par la corruption et des complicités.
La loi ne définit pas non plus qui est « déporté » et jusqu’à quand quelqu’un pourra être considéré comme « rapatrié », se plaint notamment Anatoli Gritsenko, président du Parlement (Rada) de la République autonome (cf. interview), qui estime qu’il faudra « limiter » les arrivées un jour. Par exemple en 2012, date de la fin du programme d’aide à la réinstallation.
Mais alors que M. Gritsenko estime à quelque 160.000 les Tatares restant hors de Crimée, les organisations nationalistes Tatares avancent le chiffre de… 5 millions en se référant aux descendants des Tatares ayant fui la Crimée depuis 1783 et après la guerre de 1853 contre l’Angleterre et la France et vivant en Turquie.
Madjlis et Kurultaï
C’est sur de tels chiffres que les tendances nationalistes tatares, concept datant de la fin du XIXème siècle, fondent leur revendication d’un Etat Tatare et leur refus « d’être minoritaires dans notre pays ». « Je veux que mes enfants parlent leur langue, fréquentent d’autres Tatares et aient un pays comme les Russes et les Ukrainiens en ont un », explique ainsi Gaïana Youksel, jeune et dynamique directrice et rédactrice en chef de l’agence de presse Tatare Qirim Haber, qui a essentiellement des abonnés à l’étranger.
Un silence répond à la question de savoir ce que deviendraient les autres nationalités qui vivent en Crimée.
Même silence du coté des représentants politiques Tatares, proches de Medjlis. C’est un Parlement de fait qui compte 33 députés (Il y a 25 districts en Crimée) et est reconnu par la plupart des Tatares. Il est l’émanation d’une assemblée de deux cent soixante quatre députés, le Kurultaï, élu pour quatre ans et qui tient une session par an. Un premier Kurultaï éphémère a existé en 1917. Il n’a pas toujours été très populaire à l’époque selon les historiens mais sert de référence aux nationalistes tatares d’aujourd’hui. L’assemblée actuelle a été reconstituée en 1991.
Bien que non officielles car elles refusent de s’enregistrer auprès d’un pouvoir qu’elles jugent « illégitime », ces structures sont très efficaces et sont les interlocuteurs de fait des autorités locales et de Kiev.
D’autant plus que les deux chefs du Medjlis, MM. Moustafa Djemilev et Rifat Tchoubarov, sont depuis 1998 également alliés aux nationalistes ukrainiens du Roukh et sont députés à la Rada de Kiev sous cette étiquette. Le Roukh ayant fait partie de la coalition « Notre Ukraine » qui a joué un rôle prépondérant dans la « révolution orange » et l’accession au pouvoir du président Viktor Youchtchenko, cette alliance ne cesse d’inquiéter le reste de la population locale, majoritairement hostile aux tendances anti-russes des nationalistes ukrainiens, plus implantés à l’ouest de l’Ukraine.
Cet appui ouvert des tendances « orangistes » de Kiev aux Tatares se double d’un appui non dissimulé de la part des Etats-Unis, dont les représentants proposent des aides aux médias et organisations tatares et s’attachent à les présenter favorablement dans la presse occidentale. Des aides financières envoyées des Emirats arabes unis, d’Arabie saoudite et de Turquie au nom de l’entraide islamique et pour construire des mosquées et des écoles coraniques sont mentionnées par la presse criméenne et des députés de la Rada locale mais les Tatares ne reconnaissent que des aides de « compatriotes » de l’étranger et de solidarité islamique. Ils nient toute pénétration islamiste.
La situation ne fait qu’attiser l’inquiétude et le ressentiment des populations slaves locales devant ce qu’elles qualifient d’impunité des Tatares dont des tendances extrêmes affirment vouloir procéder à des « nettoyages ethniques ». Les Tatares font valoir que certains d’entre eux ont été condamnés pour des voies de fait contre des journalistes d’une télévision locale et s’estiment victimes à cause de leur déportation. Ils veulent réparation, notamment des attributions de terres et des écoles en tatare, et un statut de République autonome tatare de Crimée où la place des autres nationalités présentes n’est pas définie. La référence au Kosovo, d’où les non-albanais ont presque tous été violemment chassés, est souvent évoquée avec appréhension parmi les populations non tatares.
Les choses se compliquent encore pour les Criméens qui soutiennent en majorité la coalition bleu-blanc du Premier ministre, Viktor Yanoukovitch : l’un des oligarques qui soutient ce dernier est lui-même un Tatare (mais de Kazan), Rinat Akhmetov.
La flotte russe de Sébastopol
Cette incertitude devant le face à face à venir avec les Tatares que beaucoup jugent inévitable, explique en partie l’attachement d’une majorité de Criméens slaves à la présence de la flotte russe de la Mer Noire à Sébastopol, contestée par les tendances orangistes à Kiev et dont le départ est souhaité par les partisans d’une adhésion de l’Ukraine à l’Otan. « Cette présence de militaires russes nous rassure », explique ainsi Olga, une journaliste locale descendante de paysans russes transplantés en Crimée par Catherine II. Le président de la Rada de la République autonome n’hésite pas à parler de « garantie de stabilité » pour toute la région (cf. ITW).
A Sébastopol même, seule véritable ville de la presqu’île, la présence russe est inscrite dans les murs et ne soulève aucune hostilité d’une population à laquelle la flotte garantit quelque tente mille emplois.
Quelques provocations de jeunes éléments venus d’Ukraine occidentale après 2004 ont eu lieu contre des marins russes qui depuis doivent sortir à plusieurs. La présidence à Kiev ainsi que le ministre des affaires étrangères Tarassiouk, fervent partisan de l’Otan mais limogé en janvier, avaient accusé l’an dernier la marine russe d’occuper des emplacements non prévus par les accords russo-ukrainiens signés en 1997 et courant de toutes les façons jusqu’en 2017.
Avec les crises politiques à Kiev, la question de la flotte russe est passée au second plan mais c’est une pomme de discorde trop facile à saisir pour être délaissée. Les nationalistes de Kiev, l’Otan mais aussi la concurrence géopolitique autour des trajets des oléoducs et gazoducs mettront immanquablement la question de la flotte de la Mer Noire au premier plan en cas de tension.
Une négation obstinée du bilinguisme
Autre pomme de discorde qui pourrait rappeler les querelles linguistiques en Belgique ou au Québec : l’usage de la langue russe et son statut. La diversité ethnique de la population de la Crimée et la majorité de Russes font de la presqu’île une terre à 99% russophone. La langue ukrainienne, traditionnellement parlée dans l’ouest du pays et dans les zones rurales, n’a jamais été pratiquée localement et n’est « naturelle » qu’aux Ukrainiens transplantés d’Ukraine occidentale.
Si dans la vie quotidienne, il n’y a pas de problème pour s’exprimer en russe, cette langue pratiquée par tous n’a pas de statut officiel. Et les choses se compliquent lorsqu’on a à faire à des documents administratifs, des actes notariés et plus grave encore des notices de médicaments, écrites exclusivement en ukrainien et qu’une majorité de gens comprennent mal, voire pas du tout pour les plus âgés.
Cette politique volontariste d’ukrainisation a même conduit à une situation absurde lors des élections législatives du printemps 2006 qui risque de se reproduire bientôt : tous les noms de famille russes avaient été traduits électroniquement en ukrainien, sans même songer à demander l’avis des électeurs inscrits. Ainsi par exemple une dame nommée Koukla (poupée en russe) est devenue Loula sans le savoir. Des centaines de personnes ne se sont pas trouvées sur les listes d’émargement et n’ont pas pu voter, selon les témoignages de plusieurs scrutateurs de bureaux de vote. « Des vieillards ont quitté les bureaux de vote en pleurant après des heures d’attente inutiles», raconte Victoria, professeur à l’université et présidente d’un bureau. A noter que des observateurs européens n’ont pas jugé utile de relever ces irrégularités, selon les mêmes témoignages. Qu’on imagine une telle situation en France ? M. Bush par exemple deviendrait M. Buisson et Abdel Haq serait Esclave de la Vérité !
L’ukrainisation n’est pas « forcée » à l’école, même si des efforts d’équipement sont consentis à des établissements enseignant en ukrainien mais en revanche un décret de Kiev en novembre dernier a voulu contraindre les télévisions et radios privées et publiques à passer 70% de leurs programmes en ukrainien. Pour un public qui le comprend mal et quitte à traduire des films russes en ukrainien avec un doublage à une voix insupportable mais couramment pratiqué dans l’ex-URSS ! Les directeurs et propriétaires des chaînes ont protesté. Le malaise dans l’opinion s’est encore accru. C’est une des raisons pour lesquelles des manifestants venus d’Ukraine orientale et de Crimée sont venus camper sur la place du Maidane (indépendance) à Kiev en avril-mai derniers pour protester contre la dissolution inconstitutionnelle de la Rada par le président Youchtchenko et appuyer le gouvernement de M. Yanoukovitch, qu’ils n’estiment pourtant que très modérément pour la plupart.
A chaque élection, les partis qui réclament un statut de langue officielle pour le russe et la pratique du bilinguisme comme en Belgique, en Suisse ou au Canada, font le plein des voix en Crimée et dans l’Ukraine orientale, logée à la même enseigne. Mais rien ne change et les électeurs en viennent à soupçonner les partis russophones de le faire exprès pour se garantir des voix à bon compte.
Un tourisme « soviétique » renaissant
La présence de la Russie se manifeste encore par le tourisme et les investissements immobiliers dans cette branche. Après une décennie d’interruption due au chaos qui a suivi l’implosion de l’URSS, les touristes russes, mais aussi d’Ukraine et d’autres pays de l’ancien empire, ont peu à peu repris leurs habitudes de vacances au bord de la mer noire en Crimée. Le mouvement s’accélère seulement et le tourisme occidental est encore rare mais les perspectives sont telles que les investisseurs russes ne sont pas restés inactifs. Comme ils étaient à peu près les seuls il y a quelques années, de grands terrains, des « sanatoriums» (centres de vacances) de l’époque soviétique ont été rachetés et complètement rénovés. Des programmes immobiliers comme sur la cote espagnole, croate ou turque se construisent actuellement près des plages de Yalta, d’Aouchta ou de Kerch (à l’est) et des publicités proposent les appartements à la vente sur plan à des prix élevés.
Après la révolution orange à Kiev, des oligarques ukrainiens et des politiques ont cherché à s’emparer de certains des domaines acquis par des oligarques russes. Des prétextes fiscaux, l’évocation des conditions obscures d’acquisition caractéristiques de la période d’après Perestroïka et des arguments nationalistes avaient été avancés et des tentatives d’occupation enregistrées. Les choses se sont finalement arrangées entre « gens du monde » mais la tension et les incertitudes demeurent.
400 Millions de dollars US ont été investis ces cinq dernières années dans le tourisme. Un projet de construction d’un tunnel sous le détroit de Kertch s’élève à 800 Millions de dollars US avec deux voies de chemins de fer et une route au milieu.
Mais les autres investissements n’arrivent pas et l’activité, en dehors de la spéculation immobilière, est stagnante. Les équipements, les télécommunications et les transports sont largement hérités de l’époque soviétique et sont obsolètes et peu performants. La ligne de trolleybus la plus longue du monde de Simféropol à Yalta est un véritable musée ambulant, quand il ne tombe pas en panne… Les conduites d’eau seraient à refaire partout. A Sébastopol, il y a des alertes fréquentes et des interdictions d’utiliser l’eau du robinet. Des conduites d’eaux usées sont dangereusement polluantes parfois. Des glissements de terrains et des affaissements en bord de mer menacent des monuments historiques et exigeraient des travaux d’urgence.
Le paiement des salaires connaît des retards et les entreprises qui fonctionnent encore sont souvent endettées. L’agriculture de la Crimée qui se distinguait par ses vins, ses plantes médicinales et ses huiles essentielles pour la parfumerie (de nombreux parfumeurs français s’y fournissaient) est en crise profonde. Les vins sont toujours là. Souvent excellents mais produits en petite quantité et ne parvenant pas toujours à gagner des marchés à l’exportation. Des investisseurs occidentaux bien informés commencent à s’y intéresser, comme par exemple Gérard Depardieu, venu en éclaireur l’an dernier.
Les simples et les plantes aromatiques, qui ont fait la gloire de la presqu’île, sont en pleine déconfiture et certaines terres ont été transformées en terre à céréales, au mépris de tout souci écologique et même de rentabilité à terme. Les terres saisies par les Tatares qui souvent cessent d’être travaillées, au moins un certain temps, contribuent aussi à la baisse de l’agriculture dans les régions fertiles.
Enfin, l’absence de confiance dans le personnel politique aussi bien local que national, l’instabilité politique à Kiev et les jeux dangereux entre l’Otan et la Russie avec l’élément islamiste susceptible d’être utilisé par le biais des Tatares, donnent le sentiment aux Criméens d’être pris en otage et de se trouver aux premières loges d’une confrontation qu’ils ne souhaitent pas.
Article écrit par Dimitri de Kochko
Written by Dimitri De Kochko on September 17th, 2007 with
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