Interview d’Anatoli Gritsenko Président de la Rada ukrainienne
ITW du Président de la Rada Suprême (Assemblée) de la République autonome de Crimée, M. Anatoli Gritsenko, généralement considéré comme le N°1 de Crimée, élu du parti des Régions, qui est celui du Premier ministre Viktor Yanoukovitch.
La flotte russe à Sébastopol : «une garantie de stabilité »
SIMFEROPOL – « La présence de la flotte russe à Sebastopol est une garantie de stabilité pour le sud de l’Ukraine et la république autonome de Crimée » qui est «partie intégrante de l’Ukraine indépendante », a déclaré le président de la Rada (Assemblée) suprême de Crimée, M. Anatoli Gritsenko, dans une interview au journal Diplomatie (Mars-Avril 2007).
«La flotte russe de la Mer Noire à Sébastopol, contestée par les politiciens favorables à l’Otan à Kiev n’a aucun effet négatif pour les habitants de Sébastopol. Au contraire près de 30.000 habitants travaillent pour la flotte russe. Il est évident que la flotte restera là jusqu’en 2017 et après les relations russo-ukrainiennes auront évolué. Les émotions à chaud devraient laisser la place à un froid calcul sur le sujet », affirme M. Gritsenko.
« Plus de passions, ni de doutes en Crimée sur le rattachement à l’Ukraine ».
Quoique accusé par ses adversaires d’être «pro-russe » en souhaitant un rattachement de sa république à la Russie, M. Gritsenko affirme que « les polémiques sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine sont terminées et il n’y a plus de passions ni de doutes en Crimée sur le rattachement à l’Ukraine (en 1954 par Nikita Khrouchtchev), comme il a pu y en avoir au début des années 90 ».
« L’enjeu est de taille car la Crimée n’est pas une région ordinaire : elle dispose de nombreuses possibilités touristiques, portuaires, industrielles et géopolitiques ».
Otan : « On ne peut justifier l’entrée d’un pays dans une telle organisation à coup de slogans et aux dépens de ses relations avec un autre pays »
Interrogé sur la volonté proclamée par le président Victor Youchtchenko et ses partisans, encouragés notamment par les Polonais, toujours attentifs à l’Ukraine qu’ils ont possédée en partie jusqu’au XVIIème siècle, de faire adhérer l’Ukraine à l’Otan, M. Gritsenko rappelle que «la population de Crimée est majoritairement contre comme l’ont montré les protestations de l’été dernier lors des velléités de manœuvres communes. Aucun pays d’Europe occidentale ne prendrait une telle décision contre son opinion publique. Nous aussi nous devons nous montrer un pays civilisé et ne pas prendre une telle décision si le peuple n’y est pas disposé. …».
«Personne n’explique vraiment quels aspects positifs nous retirerions d’une entrée dans l’Otan. S’il s’agit seulement d’être contre la Russie, on ne peut justifier l’entrée d’un pays dans une telle organisation à coup de slogans et aux dépens de ses relations avec un autre pays. La Russie est pour l’Ukraine un partenaire historique et stratégique de première importance. Il est impensable de se retrouver à nouveau dans un tel antagonisme avec la Russie que ce que nous avons connu il n’y a pas longtemps. »
« Qu’y ont gagné les citoyens de Crimée et les Ukrainiens en général ? Un gaz plus cher ! Des marchés perdus car les produits ukrainiens que nous vendions en Russie ne sont pas demandés en Europe occidentale… »
« Cette polémique sur l’Otan est d’autant plus risquée, que les élections présidentielles ont montré que notre opinion publique est divisée 50/50 et il n’existe malheureusement pas de facteur idéologique pour réunifier l’Ukraine orientale et l’Ukraine occidentale ».
« Depuis le remaniement gouvernemental de l’été dernier, quand une coalition a porté au pouvoir l’actuel Premier ministre Victor Yanoukovitch du parti des Régions, il n’y a plus de contradictions avec le gouvernement de Kiev », affirme M. Gritsenko qui appartient au même parti, ayant obtenu aux élections de mars dernier une majorité relative à l’échelon du pays (186 députés sur 450) et de la République autonome (44 députés sur 100).
« Depuis ces élections de mars, il n’y a plus aucun antagonisme non plus entre les pouvoirs législatifs et exécutif de Crimée, ce qui constitue un élément de stabilisation pour la République autonome et nous permet de nous attaquer aux vrais problèmes». (NDLR : l’interview a été réalisée avant la crise provoquée par la dissolution de la Rada et l’organisation de nouvelles élections).
La langue russe : « Il ne faut pas développer une langue en essayant d’en interdire une autre. C’est inadmissible.»
« Il y a en Crimée, près de 59% de Russes, 12% de Tatars et 28% d’Ukrainiens.
Mais 99% de russophones et 80% pour qui le russe est la langue maternelle. La majorité des Criméens souhaitent avoir la possibilité d’utiliser le russe dans la vie professionnelle comme ils peuvent le faire dans la vie de tous les jours. »
« Ces derniers temps, des lois sont adoptées en Ukraine qui ne prennent pas en compte la spécificité de territoires comme la République autonome de Crimée. C’est pourquoi, nous avons proposé à la Rada 14 projets de loi où nous proposons d’introduire dans le code civil la possibilité d’utiliser le russe. Il n’y a pas de problèmes au marché, au magasin, au théâtre, dans la rue : tout le monde parle russe. Mais dès qu’il s’agit de questions juridiques, le code civil contraint à l’usage de la langue ukrainienne. Compte tenu de l’importance du sens d’un seul mot en matière juridique, nous proposons d’introduire la possibilité pour ceux qui le souhaitent d’utiliser la langue de leur choix».
« Même chose pour le code administratif, les produits alimentaires et les médicaments qui ont des notices et des descriptions uniquement en ukrainien, langue mal comprise par la plupart des habitants de Crimée. Alors que des produits étrangers ont des descriptions en plusieurs langues dont l’ukrainien et le russe. Il y a là à mon avis une exagération ».
« C’était une des revendications du parti des régions : donner un statut de langue officielle au russe à coté de l’ukrainien. C’est l’opinion d’une grande majorité des habitants de la Crimée. Les représentants du pouvoir central ne devraient pas admettre l’adoption de lois qui provoquent un malaise dans les relations entre les différentes nationalités. Il faut prendre en compte les spécificités. Il faut privilégier les évolutions car toute interdiction ou suppression, notamment en matière de radio et de télévision, provoque des jugements négatifs sur l’action du Président et de toutes les autorités du pouvoir central ».
« Les représentants des médias régionaux se sont tous plaints des relations exécrables avec le Conseil national de radiodiffusion de Kiev. Ce dernier veut limiter la diffusion en russe et veut contraindre à au moins 70% d’ukrainien au moyen d’autorisations d’émettre, alors que pour la quasi totalité de l’auditoire, il s’agit d’une langue étrangère ».
« Je suis contre les limitations du droit de diffusion des médias en russe. Si nous avons 100% de russophones, la moindre des choses est de laisser les radios et télévisions choisir dans quelle langue elles veulent émettre. Chaque compagnie a le droit de cibler le public de son choix. C’est sa liberté de gestion. D’autant que ces compagnies sont privées et ont été fondées avec des capitaux privés ».
Les médias en tatare sont de leur coté autorisés à émettre en tatare sans limitation.
La Question Tatare :
« Il y a des Fondations étrangères d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et d’autres pays du monde musulman qui financent la construction de mosquées ».
«L’occupation des terres est totalement illégale notamment des terres reçues par les paysans après le démantèlement des kolkhozes »
« Une des raisons de l’occupation des terres près de la mer et des villes, est liée au fait que les terres attribuées aux Tatares au moment de leur retour des lieux d’exil se trouvaient dans des zones rurales où il était impossible de donner une éducation aux enfants et de reconstituer tout un village. Malheureusement, les conseils locaux n’ont pas toujours délivré les autorisations nécessaires à temps »
« Le problème est aggravé aujourd’hui par la spéculation immobilière, surtout en bord de mer, et le marché noir foncier. Les occupations de terre entamées par les Tatares se sont aujourd’hui étendues à d’autres pour des raisons commerciales. »
« Nous essayons de réguler ce processus. En octobre, tous les Conseils municipaux de la région de Simferopol ont examiné la possibilité d’attribuer des terrains aux occupants de terres illégaux et déjà 1.800 hectares ont été trouvés pour l’installation des personnes déportées (appellation officielle des Tatares de Crimée exilés sous Staline) et ceux d’autres nationalités ».
« Le problème des terres pour les Tatares de Crimée cela représente en tout 3.000 hectares. Je ne vois pas d’impossibilité à ce que nous trouvions à Simferopol, Yalta et Feodossia, 3 .000 hectares de terre et que nous mettions un point final à la question. Ce qui complique les choses, c’est que certaines familles tatares font plusieurs demandes à la fois ».
« L’autre complication est l’absence de loi sur les « peuples déportés ». Nous ne savons pas qui doit être considéré comme « déporté » et jusqu’à quelle génération. Jusqu’à quand allons nous considérer tous ceux qui viennent en Crimée comme des « déportés » de retour ? » « Le budget ukrainien prévoit une aide représentant 650 M de grivnas jusqu’en 2012 pour une aide au retour des Tatares déportés ». « A mon avis, il faudrait mettre un point à ce moment là au « retour ». «Il resterait de 100.000 à 160.000 Tatares de Crimée à l’extérieur de la Crimée ».
Article écrit par Dimitri de Kochko
Written by Dimitri De Kochko on September 17th, 2007 with
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