Le tourisme littoral du lac Baïkal : une problématique à l’interface des milieux et des sociétés
© jillchassine 2007
Depuis quelques années, on a pu constater des mutations significatives dans le domaine économique mais aussi au niveau des conceptions et des représentations des populations dans les nouveaux pays de l’Est. Avec leur insertion dans l’économie de marché, ces dernières sont plongées dans le phénomène de mondialisation. Aussi, de nouveaux secteurs se développent, des nouveaux besoins se créent, de nouvelles idées voient le jour.
Le développement du tourisme apparaît aujourd’hui dans ce contexte et se révèle une préoccupation grandissante, comme l’illustre chaque année le salon international du tourisme et du voyage de Moscou (Moscow International exhibition Travel and Tourism, MITT) qui fêtera son 15ème anniversaire en mars 2008. La mise en tourisme récente de certains espaces naturels attire aussi de fortes devises et permet une mise en valeur économique directe de certaines zones en déprise. Il joue ainsi le rôle de fixateur des populations locales. Ce type de tourisme dit « écotourisme » porte l’intérêt de restructurer les sociétés et d’aider à préserver les spécificités culturelles régionales.
Cependant, il est encore peu développé dans les nouveaux pays de l’Est et commence juste à prendre de l’assurance autour du lac Baïkal dans l’offre internationale.
Jusqu’alors, la majeure partie du littoral du lac Baïkal, l’île d’Olkhon comprise ; est classée comme espace naturel protégé. Cependant, la pratique récente du tourisme autour du lac Baïkal connaît des dérives et se révèle être une menace sérieuse pour l’environnement. Dans son entretien avec C. Riegel, A. Soutourine (directeur de l’Institut de Limnologie d’Irkoutsk) place la pratique du tourisme sauvage comme la deuxième menace affectant le lac Baïkal après les rejets de station d’épuration. Ces dérives induites par une pratique du tourisme sauvage se constatent d’abord visuellement.

© Jill CHASSINE 2007
Aussi peut-on voir durant tout l’été se constituer de véritables terrains de campings près des plages de l’île d’Olkhon où la densité d’habitants au km2 est supérieure à 35 habitants (contre 4 habitants au km2 en moyenne pour le bassin du lac). Les conséquences induites par cette fréquentation génèrent des situations problématiques comme la multiplication de décharges sauvages dans la partie boisée de l’île ou encore des sanitaires improvisés qui occupent bien désagréablement les abords des sentiers de randonnées. Aussi, la pratique du camping en pleine nature colporte son lot de traditions entre autres l’inévitable veillée au feu de bois où chacun fait un jour griller l’omoul. Les ressources en bois mort étant très limitées, il est donc d’usage pour nombre de touristes d’emmener sa tronçonneuse ainsi qu’un bidon d’essence dans son bagage afin de pouvoir assouvir « son envie de nature »…

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Ces constatations établies sur l’île d’Olkhon mettent en évidence le flou gravitant autour de la problématique du développement du tourisme autour du lac Baïkal. En effet, la législation concernant la protection de la nature en Russie compte quelques lacunes devant ce phénomène et de ce fait apparaît sous maints aspects comme incohérente : la pratique de l’activité touristique ainsi que la pratique de l’agriculture sont autorisées dans les parcs naturels nationaux.
Il s’agit donc de penser aujourd’hui à une mise en tourisme harmonieuse et durable afin qu’il puisse garantir à la fois la protection du patrimoine naturel unique du lac, le développement économique et la préservation des populations et leurs spécificités culturelles.
Dans cet objectif, un premier état des lieux est établi concernant la diversité de l’offre touristique baïkalienne ainsi que le recensement des différents types de structures voyagistes au départ de la France et dans la région d’Irkoutsk. Ces enquêtes permettront de dresser un diagnostic de la situation touristique actuelle et d’en pointer les dérives et les lacunes, les aspects positifs et négatifs. Puis, suite à la consultation des populations locales et des divers acteurs (touristes, agences, institutions de protection) des propositions pourront être formulées.
Au niveau français, deux profils se distinguent : les agences de voyage appartenant à un grand groupe voyagiste et les agences indépendantes. Dans la première catégorie, la plupart des cas les agences présentent seulement une offre pour Moscou et Saint Petersbourg (type AFAT voyages), d’autres aucune offre vers la Russie (type Club Med). Seulement quelques agences proposent une offre pour le Baïkal (type Thomas Cook) incluse dans un forfait par tour operator de type classique avec hôtel et visite guidée (via Marsans Transtour). La seconde catégorie compte les agences indépendantes et ne propose que peu le Baïkal ; le plus souvent par tour operator également (type Marsans Transtour) ou rarement par réceptif local inclus dans un voyage en transsibérien à la carte (type Slav’Tours, Orléans 45).
Au niveau russe, le recensement des structures et des offres est plus délicat car le secteur du tourisme se développe depuis peu et les données sont pauvres ou opaques. En effet, il existe de nombreux professionnels isolés et non déclarés, fonctionnant par réseaux : guides, chauffeurs, interprètes, etc. Deux orientations peuvent cependant être isolées dans les activités touristiques « officielles ». La première est celle issue de la gestion de grands groupes voyagistes anciennement soviétiques proposant séjours traditionnels en hôtels et visites guidées classiques (type Intourist). La seconde qui tient davantage au séjour d’aventure se développe seulement aujourd’hui autour du Baïkal et tend à prendre de l’ampleur devant un succès apparemment incontestable (type BaïkalNature avec 43 offres différentes pour un séjour près du lac). Cette orientation intègre de surcroît une forte volonté de se lier au réseau de l’offre internationale avec la création d’un site internet détaillant les multiples possibilités de séjours. La pratique de ce nouveau type de tourisme mérite donc une attention toute particulière notamment au niveau de sa perception par les populations locales.
© Jill CHASSINE 2007
Doctorante allocataire en Géographie- Aménagement- Environnement
Laboratoire CEDETE EA 1210
Université d’Orléans La Source
10 rue de Tours
BP 46527
45065 Orléans cedex 2
Written by Jill Chassine on October 16th, 2007 with no comments.
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