Retour d’un pays qui n’existe pas…
Les signes de retour de la guerre froide en Europe avec l’installation de radars et de missiles américains aux frontières de la Russie et les réponses de cette dernière, risquent de placer à nouveau sur le devant de la scène des régions oubliées et des conflits gelés à la suite de l’implosion de l’empire soviétique.
Parmi ces derniers, la République Moldave du Dniestr ou Transnistrie, est la plus proche de nous.
Considérée comme une région de la Moldova, elle espère depuis 17 ans une reconnaissance internationale qu’une indépendance du Kosovo après celle du Monténégro pourrait légitimer.
Avec les nouveaux enjeux géopolitiques, on reparlera sans doute de la Transnistrie-République moldave du Dniestr décrite ici de l’intérieur, comme rarement dans la presse occidentale. Souhaitons pour les Moldaves des deux rives que ce soit dans le sens d’un compromis, peut être pas complètement exclu à lire de près l’interview accordée à notre envoyé spécial par le nouveau vice-président, Alexandre Korolev.
Etrange impression que celle d’un pays qui « n’existe pas » et où pourtant il y a des gens, des villes, des champs, des usines, des supermarchés, des transports, des téléphones portables et internet…. Pas une contrée cachée derrière une cascade mystérieuse, ni un musée vivant cryogénisé à la coréenne du nord, comme on le croit parfois ou comme pourrait le laisser penser un drapeau à faucille et marteau. C’est l’est de l’Europe d’aujourd’hui.
Entre la Moldavie et l’Ukraine, sur 4.135 km2, presque deux fois le Luxembourg, quelque 550.000 habitants parlant trois langues différentes avec le russe comme langue commune, attendent la fin d’une incertitude qui les mine, les empêche de faire des projets et de travailler normalement car personne ne les reconnaît, en dehors d’eux mêmes. Ils commercent malgré tout, voyagent grâce à d’autres passeports, sont exploités par leurs voisins qui profitent de la situation mais bénéficient sans doute parfois de leur statut « hors des lois » car sinon comment comprendre une situation gelée depuis dix sept ans ?
Le pays a un nom ou plutôt plusieurs : la République Moldave du Dniestr (un fleuve de 1.500 km de long qui fait frontière entre l’Ukraine et la Moldavie) ou Transnistrie, qu’on orthographie parfois Transdniestrie.
La polémique commence dès le nom : Transnistrie est lié au point de vue de la Moldavie, puisque le territoire contesté est de l’autre coté du fleuve. En fait, il est sur les deux rives et c’est pourquoi en russe il s’est nommé « le long du Dniestr » ou Prednistrovie. On dira République moldave du Dniestr (RMD), ce qui parait le plus neutre, d’autant que la Moldavie est elle aussi « transdniestrienne » vue de l’autre coté !
C’est avec la Moldavie qu’il y a un problème dès 1989-1990 et les premiers craquements qui ont annoncé l’éclatement de l’URSS en 1991. Si pour la « communauté internationale », le « Prednistrovie » n’est qu’une région de la Moldavie, en fait les deux parties de cette ancienne république soviétique ont une histoire bien différente qui explique la situation actuelle et le conflit qui en 1992 a tout figé dans le sang. (cf. encadré)
Un cas d’école du traitement stalinien de la question nationale
La question est un véritable cas d’école des conflits locaux provoqués par l’effondrement de l’URSS avec en arrière fond le découpage de frontières imposé par Staline pour jouer des oppositions entre peuples, afin de se garantir des leviers de pouvoir.
La Moldava actuelle et une partie, aujourd’hui ukrainienne, qui donnait un accès à la Mer noire près d’Odessa, s’appelait la Bessarabie. La rive gauche du Dniestr n’en était pas. Elle a été prise aux Ottomans par les Russes dès la fin du XVIII ème siècle et le reste de la Bessarabie-Moldova seulement au début du XIX ème siècle. Depuis cette époque, des populations de différentes ethnies, religions et nationalités se sont fixées sur les rives du Dniestr, pas toujours de leur plein gré.
Après la guerre civile qui a suivi la révolution de 1917, le pouvoir bolchevique perd la Bessarabie mais la région aujourd’hui transdniestrienne n’en fait pas partie. De 1924 à 1940, une République autonome moldave est créée au sein de la République soviétique fédérée d’Ukraine. C’est de cette période, où elle a été une entité à part entière, que l’actuelle RMD estime tirer sa légitimité.
En 1939, le pacte Ribbentrop-Molotov permet à l’URSS de reprendre pied en Bessarabie roumaine et en 1940, les deux parties sont unifiées par Staline sous le nom de Moldavie. Artificiellement, du point de vue à la fois roumain et transnistrien, pour une fois d’accord. Non content d’avoir créé un conflit potentiel au sein du nouveau pays, Staline lui a aussi retiré son accès à la mer, sans doute par souci de créer des relations « fraternelles » avec l’Ukraine.
L’unification dure peu mais elle a pour conséquence que les allemands nazis laissent la Roumanie alliée occuper cette partie de l’Ukraine pendant la guerre mondiale. A la fin de la guerre, la Moldavie « unifiée » par Staline est reconstituée comme République fédérée. Elle garde sa langue quasi-roumaine mais orthographiée en caractères cyrilliques, contrairement aux Roumains. C’est une des querelles actuelles car en république moldave autonome ukrainienne d’avant guerre le cyrillique était utilisé.
Les modifications territoriales issues du pacte germano-soviétique

Source Wikipédia / cliquez dessus pour agrandir
Le souvenir de l’occupation roumaine, que les Transnistriens décrivent encore aujourd’hui comme très dure, a joué un rôle déterminant en 1989, lorsque les tendances nationalistes Moldaves d’outre Dniestr à Kichinev (Chisinau) ont pris une influence décisive et commencé à parler d’unification avec la Roumanie.
Ils ont joint les actes aux paroles en introduisant le drapeau tricolore roumain, qui a immédiatement évoqué les années noires, et voulu obliger les gens à passer à la langue roumaine orthographiée qui plus est en caractères latins ! Le moldave ancien était écrit en cyrillique, selon les historiens moldaves transnistriens qui s’appuient sur des textes du XVIII ème siècle exposés au musée de Tiraspol, la capitale…
Les russophones et ukrainophones de la Transnistrie (65% de la population) appuient évidemment cette thèse et restent attachés à l’usage de leur langue. Ils ne souhaitent pas se retrouver étrangers dans leur pays, souvent depuis des générations.
Par ces mesures très symboliques et linguistiques, insupportables pour les non roumanophones, les tendances nationalistes moldavo-roumaines ont entamé en 1989 le processus de sortie de l’URSS. Sans vraiment tenir compte des objections des députés de l’ancienne partie ukrainienne, font valoir ces derniers. Ils réclament notamment une « exception » linguistique pour avoir le droit de conserver leur langue russe, ils proposent une confédération et des formes d’autonomie qui sont toutes refusées.
En réaction, ils restent attachés à l’URSS et à la langue russe qui est un dénominateur commun dans cette région multinationale, contrairement à l’ancienne Bessarabie plus homogène moldave. Ils ont aussi des arguments économiques car c’est dans leur partie de la République fédérée que se trouvent les plus grosses industries et les centrales électriques. Et ils trouvent incontestablement un écho dans leur population. Cette dernière a voté à plusieurs reprises et dès 1991 à plus de 80% en faveur d’un état indépendant proclamé l’année précédente. Elle y a aussi été poussée par l’exemple de Turcs chrétiens gagaouzes, plus au sud, qui ont également été en butte aux tendances nationalistes des nouveaux maîtres de Chisinau.
Et lorsque les députés issus de Transnistrie et Igor Smirnov, l’actuel président de la République autoproclamée, sont arrêtés et détenus à Kichinev-Chisinau fin 91, des grèves politiques sont massivement suivies, des femmes bloquent les chemins de fer.
Le tout aboutit à une guerre de 40 jours très sanglante et cruelle en 1992 à laquelle met fin l’intervention de la 14ème armée russe. Cette guerre a commencé par des « liquidations » par des hommes de main moldaves d’opposants politiques, puis s’est étendue par deux offensives militaires à Dubossary et Bendery, repoussées par la population d’abord puis par les troupes russes commandées par le général Lebed. La 14ème armée s’est retirée depuis laissant sur place un contingent d’interposition reconnu internationalement de quelque 600 hommes, selon les officiels à Tiraspol.
La « guerre de 92» reste aujourd’hui l’un des piliers fondateurs, constamment évoqué partout, de la République moldave du Dniestr actuelle qui en tire une partie de sa légitimité et justifie sa relative intransigeance.
L’aggravation de l’embargo ravive un conflit gelé
Depuis l’an dernier, le conflit « gelé » depuis des années se ravive. Le contexte géopolitique général n’y est sans doute pas étranger. Sur le terrain, entrent en vigueur des mesures de blocage économique obligeant les entreprises qui exportent essentiellement vers l’Ukraine, la Russie et la CEI, de le faire à travers la Moldavie, ce qui contraint à des détours routiers et des démarches coûteuses et parfois aléatoires, selon les entrepreneurs interrogés à Bendery et Tiraspol.
Le 1er juillet 2007, des mesures similaires concernant les importations devaient entrer en vigueur. Elles ont été annulées ou repoussés quelques heures avant d’être appliquées. Sans doute grâce à des négociations secrètes entre Moscou et Chisinau.
En règle générale, la Russie se montre très prudente par rapport à la question de la Transnistrie. Elle maintient son contingent de casques bleus et a apporté une aide financière directe provisoire de 30 millions de dollars après les mesures d’embargo contre la Transnistrie mais elle se garde de reconnaître l’indépendance et ménage nettement la Moldova. Beaucoup trop au goût de certains responsables de Tiraspol qui ne le disent jamais publiquement.
Depuis le 3 mars 2006, l’Ukraine, client et principal transitaire des exportations transnistriennes qui contrôle le port d’Odessa, passage obligé, faute d’accès à la mer et d’absence d’aéroport praticable, exige des documents de transit visés par les douanes moldaves. Cela contraint à des détours par la Moldavie et évidemment implique une double corruption des douanes moldaves et encore davantage semble-t-il des douanes ukrainiennes. Car, les « autorités » de Transnistrie ne veulent évidement pas que des fonctionnaires moldaves accomplissent des actes de souveraineté sur leur territoire.
Un système de préférences à géométrie variable avec l’UE
En revanche, l’exportation par la Moldavie vers l’Union européenne permet de bénéficier du régime préférentiel que l’UE accorde à la Moldavie, reconnaissent les entrepreneurs transnistriens concernés (20% des exportations). Ils relèvent toutefois que les Moldaves n’autorisent pas toujours les exportations et exercent des chantages sur certaines entreprises. Le système des « préférences », élaboré par l’UE, prévoit aussi un enregistrement des entreprises en Moldova et donc des contrôles que les fonctionnaires de Chisinau ne peuvent exercer. Ajouté à des systèmes d’exemption fiscale jusqu’en 2008, le but est de créer des tensions entre les entreprises transnistriennes et le pouvoir installé à Tiraspol.
Les entrepreneurs interrogés font valoir que certaines entreprises pourtant enregistrées en Moldova ne sont pas autorisées à exporter pour autant, sans recevoir d’explications. C’est par exemple le cas de la grande usine de machines-outils de Bendery. Ils regrettent donc cette application « à la tête du client » qui compromet de fait l’efficacité des mesures concoctées par l’UE pour aider la Moldova contre la Transnistrie. Ils affirment aussi que les aides de l’Union européenne calculées et destinées pourtant aux populations vivant sur le territoire de la rive gauche ne parviennent jamais et restent bloquées à Chisinau.
Quant à l’Ukraine, elle aurait perdu en raison de ces limitations introduites après l’arrivée au pouvoir de la coalition orange à Kiev, près de 200 millions de dollars en 2006, selon les officiels transnistriens.
Car l’enjeu des exportations est fondamental pour cette région où s’est concentrée l’industrie à l’époque soviétique. La Bessarabie était de son coté, la province « pauvre » de la Roumanie.
De grosses usines (machines-outils, cimenteries, textiles… ) alimentées par deux centrales électriques qui rendent le « pays » excédentaire en énergie, garantissent, au moins partiellement, la survie économique de la République non-reconnue.
L’agriculture aussi pourrait être prospère grâce à des bonnes terres et un climat favorable. Mais elle est bizarrement délaissée et il n’y a même pas de ministère de l’agriculture. La réforme foncière n’est pas faite et le statut des terres n’est sans doute pas définitif. L’industrie agro-alimentaire est parfois laissée en déshérence. La question provoque des débats serrés au sein du petit monde économique et politique de Tiraspol.
Les sanctions ont eu un effet. Les dirigeants de la RMD reconnaissent que les entreprises ont dû s’arrêter de travailler deux mois l’an dernier. Que le PIB tout en gardant une croissance impressionnante à 8% pour 2006, selon les chiffres officiels, n’a pas été au niveau de ce qu’il aurait dû être. Les mêmes sources annoncent un déficit budgétaire de 30% par rapport aux prévisions pour 2007. A la Chambre de Commerce de la République du Dniestr, on évalue les surcoûts dûs aux déplacements supplémentaires à quelque 20 millions de dollars en transports et en pertes pour paiements. Selon la CCI, cela représente une pénalité moyenne de 3% sur tous les prix pratiqués et altère donc la compétitivité.
Une limitation identique des importations aurait frappé aussi toute l’industrie de la machine outil qui a besoin de composants et de matières premières et l’industrie de transformation comme le textile qui bénéficie de quelques délocalisations d’Europe occidentale.
Les dirigeants de la Transnistrie et les entrepreneurs interrogés affirment que la loi protège les salariés qui doivent percevoir un revenu, même si leur entreprise est en chômage technique. Les entrepreneurs interrogés sur le sujet affirment qu’ils s’en sont tirés par des emprunts bancaires contractés auprès des banques privées locales.
Accélération d’une privatisation prudente mais peu transparente
La privatisation a été plus lente que dans d’autres régions ou pays de l’ex-URSS.
Et les dirigeants actuels font valoir avec une certaine fierté et en jouant sur les sentiments « nostalgiques » des aspects sécurisants de l’ex URSS, répandus dans une bonne partie de la population, qu’ils ont su éviter « grimaces du capitalisme sauvage » qu’a connues la Russie avec par exemple la « voucherisation » (privatisation au début des années 90 par distribution de « vouchers » sans valeur à la population) et de la spoliation de masse qui s’en est suivie.
La privatisation a effectivement été plus lente et des mesures d’instauration de « capitalisme populaire » ou d’autogestion ont été prévues et parfois appliquées sincèrement dans certaines entreprises. La participation du personnel au capital est quasi généralisée mais pas forcément égalitaire ni équitable. Tous les gens rencontrés ont dit avoir un niveau de vie supérieur à la Moldavie voisine. Mais les accusations de privatisation pour le moins peu transparentes sont courantes et les cercles proches du pouvoir sont souvent soupçonnés d’en avoir largement profité.
Le déficit budgétaire de l’an dernier a accéléré les choses : les privatisations se sont intensifiées.
Compte tenu de l’isolement politique, peu d’investisseurs étrangers sont susceptibles de se manifester. Et il se trouve des investisseurs nationaux. Et même de très gros investisseurs dont l’origine des revenus est aussi peu limpide que dans le reste de l’ex URSS. Malgré les sanctions et l’isolement, il y a des gens riches voire même des oligarques en République moldave du Dniestr.
Le plus visible et le plus étonnant est incontestablement le holding « Sheriff ». Si l’on avait souhaité une atmosphère western, il eut été difficile de faire mieux ! Sheriff est présent partout en Transnistrie et contribue incontestablement à une image de modernité et même d’aisance : BTP, télécoms, transports, produits pétroliers et pompes à essence, pub et édition, vente d’automobiles (dont Mercedes), supermarchés, club de football avec un stade ultra-moderne fabuleux, usines textiles et même maintenant usine du brandy (localement cognac) nommée Kvint.
Le holding a été créé en 1994, mais a véritablement pris son envol en 2002 avec la privatisation des entreprises, puis en 2003 au moment où la Moldova a coupé les fils téléphoniques, contraignant « le pays » à se tourner vers les satellites et les systèmes de téléphonie mobile. C’est aujourd’hui 14.000 salariés et 11% du budget de la République moldave du Dniestr…. Mais un mystère absolu règne sur l’actionnariat et l’origine de l’argent. Lorsqu’on interroge des représentants de Sheriff, généralement des jeunes gens dynamiques très cadres commerciaux à l’occidentale, ils vous répondent au mieux qu’ils vous diraient des bêtises s’ils accédaient à votre demande, alors qu’il vaut mieux ne rien dire… Les sources moldaves et occidentales affirment que l’un des fils du président Igor Smirnoff serait l’un des propriétaires de Sheriff.
Sur place, seuls des sourires entendus répondent aux questions sur le sujet.
Un tel mystère contribue bien sûr aux soupçons et méfiances entourant la Transnistrie et ne font qu’apporter de l’eau au moulin des accusations proférées notamment à Chisinau contre « la clique de Smirnoff ». La Transnistrie est accusée régulièrement de trafics d’armes et de drogue (cf Interview Korolev).
En tant que journalistes, on peut obtenir de visiter certaines des usines les plus accusées et voir l’ancien aéroport soviétique, envahi par les herbes mais hors d’une mission d’experts rien ne peut être prouvé.
Les dirigeants transnistriens disent y être prêts. Ils accusent à leur tour des familles moldaves influentes de trafic divers, notamment de métaux, qui expliqueraient leur intérêt pour les usines de Transnistrie et la difficulté de trouver un compromis.
Un Etat présidentiel qui fonctionne mais à l’avenir incertain
Igor Smirnoff a été réélu président de la République en décembre 2006 avec un nouveau vice-président Alexandre Korolev, largement perçu comme le dauphin (cf interview). Il y a plusieurs candidats aux élections et une opposition parlementaire et extra-parlementaire existe. Le système est présidentiel à l’américaine. Pas vraiment démocratique, d’autant que tout le monde se connaît plus ou moins dans la région, mais pas totalitaire non plus. Par rapport à l’époque soviétique, les habitants n’ont pas peur et s’expriment assez librement même pour critiquer leurs dirigeants publiquement. Les médias différents existent et l’accès aux chaînes de télévision par satellite et à internet est libre. Les pratiques journalistiques fleurent parfois des traditions anciennes, notamment lorsqu’on fait dire à des hôtes étrangers ce qu’il est jugé utile d’entendre…
Le drapeau et l’emblème national, tout droit hérités de l’ancienne Moldavie soviétique avec faucille et marteau, ne signifie plus qu’on est dans une mini-URSS congelée. L’embargo et le siège n’ont pas isolé du monde une région où la forme de propriété et l’organisation du pouvoir ont évolué par rapport à l’URSS d’antan. Les anciens symboles sont là pour marquer une continuité assurant une légitimité et garantissant une possible argumentation juridique pour l’avenir.
Ce dernier est difficilement imaginé par l’ensemble de la population et personne ne souhaite en rester à la situation actuelle. Mais l’Etat auto-proclamé et non reconnu a fait la preuve de sa viabilité et souvent de son efficacité depuis 17 ans. Il a incontestablement prouvé sa particularité, voire une identité, par rapport à la Moldova qui le considère comme une simple région. Et il bénéficie incontestablement d’un soutien réel de sa population qui se prête aux pratiques fréquentes de referendum.
Les habitants de ce « pays qui n’existe pas » sont visiblement prêts à envisager des évolutions mais sans doute pas au prix de leur autonomie ni de leur droit à utiliser leur langue. Leur identité est liée à leur diversité ethnique, nationale et même linguistique et ils refuseront de se laisser noyer par une majorité « roumaine ». Une réunification avec la Moldova se heurte aussi à la différence de niveau de vie et d’organisation entre les deux rives. Il y a peu de chances que les moldavo-dniestriens se laissent déposséder de leurs industries et des leviers de pouvoir énergétiques dont ils disposent à l’égard de Chisinau.
Quant aux facteurs géopolitiques actuels, ils ne dépendent guère des habitants de Transnistrie : base avancée russe en Europe face aux radars et missiles américains déployés dans des pays d’Europe de l’est ? Etat indépendant à l’exemple du Kosovo et de ses compagnons d’infortune de l’ex-URSS comme l’Abkhazie, l’Ossétie du sud ou le Nagorny Karabakh ? Annexion pure et simple et violente par la Moldova appuyée par des alliés extérieurs ?
Toutes les options restent ouvertes et les chances d’entendre parler bientôt de la République Moldave du Dniestr, dite Transnistrie, sont malheureusement assez fortes.
Article posté par Dimitri de Kochko
Written by admin on November 24th, 2007 with
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